Didier Comès, 64 ans, est né en Belgique, à Sourbrodt. Entre un père parlant allemand et sa mère français, il se définit comme un « bâtard de deux cultures ». Sorti de l'école à 16 ans, il vient tard à la BD. En 1975, il écrit L'Ombre du corbeau, publie Silence en 1980, qui le consacre et pour lequel il abandonne la couleur.
Quel regard rétrospectif portez-vous aujourd'hui sur votre oeuvre, riche et dense ? Je suis comme tous les auteurs, je crois : j'ai toujours cherché à dessiner d'abord ce qui pouvait me plaire à moi, personnellement. Ce qui n'empêche pas, ensuite, de devoir tenir ses promesses vis-à-vis de tous ceux qui sont venus vers vous. En ce qui me concerne, je crois les avoir à peu près tenues. Même si le plus difficile, en vieillissant, reste sans doute de parvenir à se satisfaire soi-même.
Comment l'expliquez-vous ? Par la perte d'une certaine insouciance, je crois. Lorsque je me suis lancé autrefois dans Silence, avec pour seul horizon visible les 120 pages que Casterman attendait, c'était une liberté totale, fabuleuse. Et quand l'album est sorti, pendant longtemps je n'ai pas été réellement conscient de sa réussite - si tant est qu'on puisse parler de réussite. J'ai traversé les événements de cette époque de ma vie avec une spontanéité que, probablement, je n'ai plus jamais retrouvée ensuite.
Et aujourd'hui, avec Dix de Der ? Je suis très satisfait de cet album. Je le trouve très riche, parce que j'y ai mis toute l'énergie, toute la sincérité dont je me sentais capable. Mais je peux vous garantir que c'est aussi mon album le plus riche en remises en cause, en difficultés, en efforts sur moi-même et en questionnements divers ! Plus que jamais, je mesure à quel point tout travail de création, pour peu qu'on le fasse avec honnêteté et lucidité, est une vraie mise en danger : on y côtoie en permanence sa solitude, sa vulnérabilité et ses propres limites. C'est un exercice éprouvant.











